HistoireS de SavoiE - Numéro 6
Éd(h)istorial
Coïncidences de l'Histoire. Cruelles. Quand a débuté la rédaction de l'article consacré au Dr François-Emmanuel Foderé, le coronavirus se confinait à une mégalopole chinoise, Wuhan, et à sa province, le Hubei. Depuis, semblable à un feu de forêt qu'aucune barrière ne couperait dans sa progression, il a embrasé tous les continents. Tuant notamment, parmi les habitants des Pays de Savoie, un octogénaire domicilié à Saint-Jean-de-Maurienne. Une cité des bords de la rivière Arc où Foderé vint au monde courant février 1764. Ce dernier-né « de parents [pas] assez honnêtes » (pauvres), que la postérité retiendra bientôt tel le créateur de la médecine légale, commençait au printemps de 1814 à enseigner l'autopsie à la faculté de Strasbourg lorsque le préfet du Bas-Rhin l'appela à rejoindre le comité scientifique réuni pour le conseiller dans la lutte contre une vague de typhus qui gangrenait le département. Foderé, de ses observations, tirera matière à rédiger les quatre tomes de Leçons sur les épidémies et l'hygiène publique, faites à la faculté de médecine de Strasbourg, une encyclopédie parue de 1822 à 1824. Soit une douzaine d'années avant que le praticien mauriennais rende l'âme dans une Alsace aujourd'hui regardée comme l'un des clusters (foyers d'infection) du Covid-19.
Cruauté, encore. Leurs surveillants n'en manquèrent pas à l'égard des "fortes têtes" détenues de 1962 à 1972 au fort d'Aiton, dans la Combe de Savoie. Là, sur un promontoire se dressant à la confluence des rivières Arc et Isère, l'Armée française avait rapatrié d'Algérie, devenue indépendante, la Compagnie spéciale des troupes métropolitaines qui cantonnait à Tinfouchy (Ouest saharien). C'est-à-dire une unité disciplinaire. Un bagne. Le Bas-Rhinois Arsène Altmeyer, appelé du contingent, y resta enchristé durant une cent-soixantaine de jours, cloué au pilori pour s'être laissé aller à une pantalonnade relevant pêle-mêle des Gaîtés de l'escadron, d'Un de la Légion, des Bidasses en folie ou de Mais où est donc passée la 7e compagnie ?. Dès qu'il fut élargi des geôles de la citadelle savoyarde, Arsène écrivit des Mémoires. Sur lesquelles tombera par hasard Jean-Marc Villermet, alors doctorant à l'Université Savoie Mont Blanc de Chambéry, à présent professeur d'histoire-géographie au lycée Gabriel-Fauré à Annecy. À l'issue d'« une véritable enquête de police » conduite tous azimuts « pendant six mois », Villermet retrouvera Altmeyer. Ensemble, ils ont signé J'ai été disciplinaire au fort d'Aiton, un livre extrait des souvenirs éponymes du bagnard alsacien.
Non plus que le Saint-Jeannais François-Emmanuel Foderé, Jean-Claude Bibollet n'est issu de père et mère « favorisés des biens de la Fortune ». De petits éleveurs laitiers du Pays thônain. Parents de onze enfants. Ici aussi, la valeur n'a pas attendu le nombre des deniers. Jean-Claude, une sorte de Géo Trouvetou —qualificatif qu'il récuse—, aura inventé jusques et y compris le premier harmonica Made in France, le seul pour l'heure à être fabriqué dans l'Hexagone. Un « instrument magique », manufacturé à Thônes même, dont il avait contracté le virus tandis qu'enfant, il gardait les vaches de la famille alpagées au plateau de Beauregard.
Patrick-Alain Bertoni
Directeur de la publication
Responsable de la rédaction
Au sommaire de ce numéro 6
Pages 6 à 11
À la confluence de l'Arc (Maurienne) et de l'Isère (Tarentaise)
Aiton-du-Maroni
Par Jean-Marc Villermet
Pages 12 à 15
Une zone légale de non-droit
Pages 16 à 26
Des gaîtés de l'escadron qui le conduiront à Aiton
Pages 27 à 28
« Insignifiant petit tas de chair et d'os »
Pages 29 à 32
Algérie, Savoie : députés et sénateurs déchaînés contre les bagnes de l'Armée française
Pages 35 à 45
Saint-Jean-de-Maurienne, Strasbourg
Père des Experts
Par Patrick-Alain Bertoni
Pages 47 à 50
HistoireS de voir
Annecy dans « l'œil » d'Henry
Par Henry Boursier
Pages 51 à 52
Apremont
L'arbre qui montrait la catastrophe
Pages 53 à 56
Thônes
Là-haut, sur la montagne, y a un harmonica
Pages 57 à 63
Aoste, Donnas
Ours saint
Pages 66 à 71
La Roche-sur-Foron, Notre-Dame-de-Bellecombe
La passion des chèvres, de la barbichette aux sabots
Par Sandra Molloy
Pages 72 à 75
France, Italie, Suisse
Plus ou moins oppressée
Pages 76 à 83
Vote universel du 22 avril 1860, prolongé au lendemain lundi 23
Sa voix pour la France
Pages 84 à 92
À Bonneville, Moûtiers, Rumilly ou St-Jean-de-Maurienne, la messe était d'ores et déjà dite
Pages 93 à 96
« La farce la plus abjecte »,
« la plus amère ironie du suffrage populaire »
Page 97
Dernières HistoireS
Chablais : miss terre à Saint-Jean-d'Aulps
et
Vallée d'Aoste : la petite Maison dans la télé
Page 98
Le chi !
Par Filipandré
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