HistoireS de SavoiE - Numéro 20
Éd(h)istorial
« L'avenir de l'homme est la femme » (vers de Louis Aragon, poème Zadjal de l'avenir, 1963). Lors des préliminaires de l'annexion des Savoisiens à la France, qui surviendra au printemps de 1860, deux d'entre elles auront compté. L'une, la plus jeune, davantage que son aînée de six années. À l'arrivée d'« un vrai steeple-chase » —comme se moque de ce voyage le trihebdomadaire de Chambéry Courrier des Alpes - Journal de la Savoie monarchique et constitutionnelle—, le comte Camillo Benso de Cavour, parti de Turin, atteint en catimini le soir du 20 juillet 1858 la station thermale de Plombières-les-Bains dans les Vosges, où l'empereur des Français Napoléon III soigne des calculs rénaux. Là, dès le lendemain matin et après-midi, le Premier ministre sabaudo-sarde et le neveu de Napoléon Ier conviennent qu'en contrepartie de l'aide militaire que lui fournirait l'Hexagone afin de bouter les Autrichiens hors de la Lombardie et de la Vénétie, le Royaume de Savoie-Sardaigne céderait à Paris deux de ses territoires : le Duché de Savoie et le Comtat de Nice. Napoléon III exige de Cavour, par-dessus le marché, que la princesse Marie-Thérèse Louise-Clotilde, 15 ans accomplis, fille aînée du roi sabaudo-sarde Victor-Emmanuel II, épouse bon gré, mal gré son cousin germain le prince Napoléon-Jérôme Bonaparte, dit Plon-Plon, bientôt 36 ans. L'État ayant sa raison à laquelle les raisons du cœur ne sauraient point s'opposer, il en sera ainsi. De quel poids une autre créature d'outre-Alpes aura-t-elle pesé dans l'inclinaison de la balance impériale en faveur de la cause royale ? Cavour, histoire de tâter, voire d'adoucir le terrain, avait dépêché l'une de ses parentes à l'empereur : la comtesse piémontaise d'origine florentine Virginia Oldoini Verasis de Castiglione, 19 ans à l'été 1856 ; son mot d'ordre : « Réussissez, ma cousine, par les moyens qu'il vous plaira, mais réussissez ! ». L'historien-géographe natif de Megève Paul Guichonnet doute de l'influence que « les seuls charmes de cette pauvre mythomane » auraient exercé sur le cours des événements : « La mission ne sera pas trop difficile à remplir auprès de l'inflammable Napoléon III, mais sa liaison avec l'excentrique Nicchia [le surnom que lui a attribué sa propre famille] ne durera que deux ans et il se lassera bien vite de cette femme superficielle. La "petite histoire", friande des épisodes d'alcôve, n'a pas manqué de donner à la Castiglione une importance disproportionnée au rôle qu'elle joua réellement » (in Mémorial de Savoie - Le livre du centenaire - 1860-1960).
À Sallanches, le poids de Rosine Inclair, née Seletti, se révéla en revanche déterminant dans la réhabilitation de son fils Fernand-Louis, l'un des "fusillés pour l'exemple" de l'Armée française pendant la Guerre mondiale de 1914-1918. Sa persévérance plutôt que son poids. Car la fermière, veuve depuis 1908, ne pesait guère, confrontée à la magistrature militaire. Une première fois, elle se trouva déboutée (1921). La seconde, elle obtint satisfaction (1934). À titre posthume. Elle était décédée l'année précédente (1933). Rosine aurait encore moins importé si elle n'avait reçu le soutien de l'Association républicaine des anciens combattants et celui du Dr Hippolyte Berthollet, maire de Sallanches ; médecin au 30e d'Infanterie, un régiment stationné à Annecy en temps de paix, il ploya sous le même déluge de feu que celui ayant éparpillé le mobilisé Fernand-Louis Inclair et ses camarades un soir de 1914 dans les Vosges. Le 2de classe sallanchard, accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi allemand, fut jugé séance tenante, condamné à mort et passé par les armes sans délai. Il s'affaissa côte à côte avec son compatriote Gilbert-Alexis Gathier, de Cluses, également 2e "pompe" au 30e RI et lui aussi supplicié "pour l'exemple".
Laurent Blanc n'avait toujours pas quitté son village natal de Bonneval-sur-Arc pour s'établir au Pays du Mont-Blanc, s'y employer dans une manufacture de skis (Dynastar) et, une fois retraité, pratiquer ici l'art ancestral « du papier découpé », désormais pleinement, à l'enseigne Silhouettes. En Haute-Maurienne, Laurent s'était lié d'amitié avec une vacancière : Catherine du Pontavice des Renardières. Elle épousera Jean-Claude Courau. Ils auront quatre enfants. Dont Clotilde, baptisée en la chapelle bonnevalaine Sainte-Madelaine, hameau de L'Écot, et qui prendra comme mari en 2003 le prince Emmanuel-Philibert, de la Maison de Savoie-Carignan. Leur union a officiellement cessé le 15 mars 2025. Des deux filles qui en sont issues, Vittoria et Luisa, la première-née pourrait monter sur le trône d'Italie si les Transalpins, qui avaient plébiscité la République à la Libération, venaient à choisir de retourner à la Monarchie. Une accession rendue possible par son grand-père Victor-Emmanuel ; il a abrogé chez les Savoie-Carignan la loi salique ; elle interdit à « la femme », cet « avenir de l'homme », de succéder à un souverain défunt.
Patrick-Alain Bertoni
Directeur de la publication
Responsable de la rédaction
Au sommaire de ce numéro 20
Page 6
Repères d'HistoireS
Pages 8 à 14
HistoireS de voir (et autres)
Le bistouri des ombres
Pages 14 à 25
Bonneval bramait contre Bramans
Pages 26 à 28
Le « domicile d'hiver » aménagé « dans l'écurie »
Pages 30 à 43
L'entrevue, au contenu secret, s'était tenue à Plombières entre l'empereur des Français et le Premier ministre du Royaume de Savoie-Sardaigne
Liquidation des thermes de l'ancien chef-lieu cantonal vosgien d'où découla en 1858 le sort des Savoisiens et celui des Nissarts
Pages 44 à 56
Né savoisien au Châtelard (1844), mort français à Paris (1929)
Les pérégrinations d'un Bauju en Indochine
Pages 57 à 72
Un habitant de Sallanches et un de Cluses jugés pendant la Première Guerre mondiale, déclarés coupables d'un abandon de poste et fusillés côte à côte sur le front des Vosges
Morts par la France, puis pour elle
Pages 73 à 75
« On aurait anéanti une bonne partie de l'Armée française »
Pages 76 à 77
« Une balle […] me traversa le doigt du milieu »
Pages 78 à 79
« Réhabilitation générale » des "fusillés pour l'exemple" : la loi, c'est (pas encore) la loi
Pages 80 à 83
Vouée à Germain Sommeiller, de Saint-Jeoire-en-Faucigny, maître d'œuvre du premier percement sous les Alpes
La BD sortie d'un tunnel
Page 84
Naissance journalistique en Haute-Savoie
Comme un air pur du Faucigny d'avant
Pages 85 à 86
Un axe Annecy/Vannes
Ils ont des chapeaux ronds, vive les gens d'Arenthon !…
Pages 87 à 88
De scrutins en dissolution et censure
Députés, ministres : le "ça-s'en-va-et-ça-revient" d'élus des Pays de Savoie
Pages 90 à 91
Annecy parmi les trente communes françaises aux plus forts taux de personnes incriminées
Narcotrafic en Pays de Savoie : des élus locaux montent en ligne
Pages 93 à 94
Selon un palmarès associatif publié par Le Journal du dimanche
Annecy et Voglans se hissent au pinacle du "bon-vivre" dans les Pays de Savoie
Pages 94 à 95
HistoireS de réclames
Moûtiers : course aux cyclistes des vendeurs de vélos
et
Bonneville : mâles assurances et fort de cafés
Pages 96 à 97
Et le bracelet se mit à l'heure de la montre
Page 98
Dernières HistoireS
Femmes à la page…
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