HistoireS de SavoiE - Numéro 19
Éd(h)istorial
Il y avait ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n'y croyaient pas. Il y avait ceux qui étaient français et ceux qui ne l'étaient pas. Fiorenzo Valsesia figurait parmi ceux-là. Né italien. Resté italien. Mort italien. Mort pour la France, le verront honoré les siens : son père Giuseppe, sa mère Pasqualina Luigia, ses sœurs cadettes Edmée, Flora et Gisèle, une famille de Piémontais originaires de la province de Novara et domiciliés à Pers-Jussy entre La Roche-sur-Foron et Reignier. Fiorenzo (Florence de son pseudonyme dans la Résistance) appartenait à Savoie-Lorraine, l'une des quinze sections du maquis de Glières. Là-haut, sur un plateau s'étendant au nord-est d'Annecy, 465 hommes vivaient retranchés quand, le dimanche 26 mars 1944, la Wehrmacht monta à leur assaut. Parmi ce demi-millier de rebelles à l'Occupation et à la Collaboration se tenaient des ressortissants du IIIe Reich et du Royaume d'Italie —dont Fiorenzo/Florence—, les puissances ennemies de la France au début de la Seconde Guerre mondiale ; dans son livre Glières - Mars 1944, le professeur d'histoire-géographie Michel Germain répertorie trois Transalpins et cinq Allemands.
Après qu'ils en eurent reçu l'ordre, Valsesia et le Rochois Lucien Cotterlaz-Rannard (Papillon), son chef de section à Savoie-Lorraine, décrochèrent de Glières ; dénoncés, ils furent exécutés ; à la Libération, ceux les ayant mouchardés échappèrent à l'Épuration.
L'Épuration, l'hebdomadaire La Résistance savoisienne, édité à Annecy, exhorte à la mener dans son 1er numéro, publié le 23 novembre 1944 :
« L'élimination rigoureuse de ceux qui ne furent que des profiteurs et des combinards est indispensable, car ils ont été les instruments de l'ennemi et n'ont poursuivi que des buts personnels de lucre, pendant que les résistants risquaient leur vie tous les jours et perdaient souvent leurs situations et tous leurs avoirs. » L'Épuration sera continuée non pour satisfaire à des rancunes personnelles, mais pour arriver le plus vite possible à l'ordre nouveau qui s'élabore. C'est le désir du général de Gaulle, de celui que tous les résistants ont toujours considéré comme leur chef —quelles que fussent leurs convictions politiques— et qu'ils suivent encore avec confiance aujourd'hui »
La Cour de justice de Paris répondra à l'appel à expurger, lancé notamment par La Résistance savoisienne ; le 24 décembre 1948, elle condamnera à mort le journaliste Jean Mamy, né et élevé à Chambéry ; lui qui, moyennant finance, avait cafardé aux Allemands des résistants savoyards et haut-savoyards mourra fusillé le 29 mars 1949.
Confrère de Jean Mamy, Pierre Malo, du quotidien collaborationniste Le Matin, de Paris, échappera pour sa part à la peine de mort ; la magistrature parisienne lui infligera huit années de travaux forcés le 22 décembre 1944 ; au début de cette année 1944, l'un de ses derniers reportages l'avait amené à arpenter Saint-Bon-Tarentaise ; ici, il avait remonté le temps où le diable tenait la main du faucheur maudit, il avait rencontré des montagnards qui changent de village six fois en cinq mois et il avait vu comment la glace d'un lac de montagne est mise en conserve pendant l'hiver.
Patrick-Alain Bertoni
Directeur de la publication
Responsable de la rédaction
Au sommaire de ce numéro 19
Page 6
Repères d'HistoireS
Pages 8 à 12
Né et élevé à Chambéry
Ce journaliste collaborationniste qui espionna les résistants en Savoie et Haute-Savoie pour le compte des Allemands
Pages 12 à 15
Mamy à Annecy : la « mort » du maquisard Richard Andrès « n'est pas due à mes indications »
Pages 16 à 19
Natifs de Bonneville ou d'Annecy
Assemblée nationale renouvelée : l'ascenseur social a transporté trois Haut-Savoyards hors de leur département d'origine
Pages 20 à 34
Retourné chez ses parents à Pers-Jussy après avoir réchappé de l'attaque du plateau résistant
"Moi, Fiorenzo Valsesia, Italien de 23 ans, maquisard à Glières, dénoncé par des Français, arrêté par des Français, exécuté par des Français"
Pages 34 à 38
Le Petit-Bornand, printemps 1944 : et les Allemands brisèrent les ailes de Papillon…
Pages 39 à 55
Grâce au solarium médical tournant inauguré pendant l'été de 1930
Héliothérapie : Aix-les-Bains en connaissait un rayon
Pages 56 à 62
Le dessinateur Pellos, pseudonyme de René Pellarin, provenait de familles ancestrales à Cruseilles et Morzine
Du sang et de l'air des Pays de Savoie dans les veines des Pieds nickelés
Pages 63 à 64
HistoireS de jeunesse
Les 100.000 de Raphaël & Hugo
Les 125 de Nicolas
Pages 65 à 68
Le fils du dernier souverain d'Italie avait expiré début février 2024 à Genève
Maison de Savoie-Carignan : cendres indésirables
Pages 70 à 76
HistoireS de livres
Des gens, des pays, des gens de pays
Pages 78 à 81
HistoireS de voir
L'eau de là
Pages 82 à 85
Résultats des législatives anticipées dans les Pays de Savoie
Le podium des mieux élus
Pages 86 à 93
À l'aube de sa disparition dans sa 61e année, le quotidien national publie une enquête effectuée en Savoie
Le Matin, parvenu à son crépuscule, se lève un hiver sur Saint-Bon-Tarentaise
Pages 94 à 95
HistoireS de réclames
Chez Michellier, y a vraiment de quoi se régaler…
…comme chez Moreau, où y a tout ce qu'il faut
Pages 96 à 97
Ils n'iront pas (tous) au paradis
Page 98
Dernières HistoireS
Pages de morts
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