HistoireS de SavoiE - Numéro 18
Éd(h)istorial
« L'Ordre de la Libération, que j'avais institué à Brazzaville le 16 novembre 1940 et organisé à Londres le 29 janvier 1941, suscitait parmi les Français libres une émulation de la plus haute qualité. Enfin, nous sentions, par-dessus la mer, la France regarder vers nous » (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome I, L'Appel : 1940-1942). « Parmi » les premiers "regards" approbateurs à avoir été portés « par-dessus » la Manche ou quelque autre « mer » à ce général de brigade qui avait appelé depuis l'Angleterre le 18 juin 1940 à maintenir allumée « la flamme de la résistance française » face à l'invasion allemande, « parmi » de tels "regards" figuraient ceux de treize natifs des Pays de Savoie : six Savoyards, sept Haut-Savoyards ; ils avaient pour identités Louis Armand (de Cruseilles), Henri Maillot (Chambéry), Jean Fournier (Annecy) ou Joseph Perceval (Les Marches), tous nommés compagnons dans l'Ordre de la Libération, huit de leur vivant et cinq à titre posthume parce qu'ayant disparu au combat (Jean-Claude Carrier, de Mieussy ; Henri Debiez, d'Aime ; André Déglise-Favre, de Monthion ; Joseph Domenget, de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, et Georges Lamarque, d'Albertville). « Les résistants, s'pas ?, c'étaient des sportifs ! », dira d'eux le Général à l'un de ses visiteurs dans sa gentilhommière de Colombey-les-Deux-Églises. "Sportif", il l'était à coup sûr, le futur compagnon de la Libération et général de brigade André Devigny, d'Habère-Lullin, pour s'évader de la geôle lyonnaise où, condamné au poteau par le tribunal militaire de la Wehrmacht, il attendait d'être exécuté.
Conflit 1939-1945 encore. S'il n'avait éclaté et si son grand-père paternel le roi d'Italie Victor-Emmanuel III de Savoie-Carignan n'avait laissé le chef du gouvernement fasciste Benito Mussolini se ranger le 10 juin 1940 aux côtés de l'Allemagne nazie d'Adolf Hitler contre les démocraties britannique et française, peut-être qu'à ces conditions, le prince Victor-Emmanuel aurait un jour succédé à son père le dauphin Humbert II sur le trône transalpin et sous le nom de Victor-Emmanuel IV. Au lieu de cela, l'axe Rome-Berlin, après que les Alliés l'auront terrassé, coûtera sa continuation à la Monarchie, les Italiens lui préférant à la Libération l'instauration d'une République. Quant à Victor-Emmanuel, décédé le 3 février 2024 à Genève, outre illustrer la rubrique mondaine, il apparaîtra dans la chronique judiciaire. Notamment pour le trépas d'un touriste allemand à l'été de 1978, atteint d'une balle de carabine sur l'île sud-corse de Cavallo. Devant la cour d'assises qui l'acquittera du crime de « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », il entendra un expert psychiatre le dépeindre comme éprouvant « le besoin d'être aimé et le besoin d'être considéré », soucieux « à la fois de passer inaperçu et d'être reconnu » tel « un personnage d'exception » et dont le geste présumé homicide relevait d'une « réaction de prestance chez un sujet qui n'est pas sûr d'avoir la stature de son héritage historique ».
Seconde Guerre mondiale toujours. Le film La Grande Évasion, que signa en 1963 le cinéaste américain John Sturges, s'inspirait d'un événement survenu dans la nuit des 24-25 mars 1944 au Stalag Luft III (Basse-Silésie). Pour s'échapper du camp allemand où ils se trouvaient prisonniers, des aviateurs alliés avaient creusé un tunnel dans lequel, au fur et à mesure de l'avancée du percement, ils allaient et venaient à tour de rôle couchés sur un chariot de fortune équipé de roulettes. À La Motte-Servolex près de Chambéry, Philippe Vuillerme a épousé la même technique afin de désencombrer les souterrains de la maison forte qu'avec sa femme Françoise, il restaure depuis 1999. Dans cette demeure avait vu le jour au XVIe siècle Emmanuel-Philibert de Pingon, premier historiographe de la Famille originelle de Savoie. Une Famille à laquelle succéda en 1831 une branche cousine : les Savoie-Carignan. Dont émanait le récent défunt Victor-Emmanuel.
Patrick-Alain Bertoni
Directeur de la publication
Responsable de la rédaction
Au sommaire de ce numéro 18
Page 6
Repères d'HistoireS
Pages 8 à 29
Louis Armand (de Cruseilles), Henri Debiez (Aime), Jean Fournier (Annecy)…
Ordre de la Libération : treize compagnons nés entre Léman et Galibier
Pages 30 à 36
Mort à Genève de Victor-Emmanuel, de la Maison de Savoie-Carignan, fils aîné du dernier roi d'Italie Humbert II
Ni couronne ni palais. Sauf de justice
Pages 36 à 41
De la « lumière » des affaires aux « ombres » d'une cour d'assises
Pages 43 à 49
À La Motte-Servolex près de Chambéry
La maison redevenue forte
Pages 50 à 55
Contexte dans lequel périt un résistant FTP de Bonneville
Haute-Savoie, 1944 : du sang, de la terreur et des larmes
Pages 56 à 67
Claude Guillaume : les sanglots longs de son violon…
Pages 68 à 69
HistoireS de réclames
Pays de Savoie : moteur diesel, industriel et marin
Pages 70 à 73
Les 600 ans d'une bannière devenue celle de la région italienne ayant Turin pour chef-lieu
Thonon, Assomption 1424 : et le drapeau du Piémont fut remis sur la grand-place à son premier prince de Savoie
Pages 75 à 79
HistoireS de voir
Passé et présent conjugués dans un même temps
Pages 80 à 89
Livre Beautés de l'histoire de la Savoie et de Genève, du Piémont, de la Sardaigne et de Gênes
La Savoie telle qu'il la voit
Pages 90 à 95
Un « peuple » qui « n'est point accablé d'impôts » et sait « parler mieux le français que » celui « de la France »
Page 96
Manu militari
Pages 97 et 98
Dernières HistoireS
Presse circulaire ne tourne pas en rond
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